LE BOUCLAGE DANS UNE PROVINCE À L’AGONIE

Goma, depuis le 12 mai au 14 mai 2026 Alors que les plaies de la guerre peinent à se refermer dans l’Est de la République Démocratique du Congo, une nouvelle onde de choc secoue la ville de Goma. Le déclenchement d’une opération de bouclage des véhicules privée que publique pour le contrôle de l’assurance et de l’identification automobile plonge une population déjà exsangue dans une profonde détresse. Entre survie quotidienne et pressions fiscales, le fossé se creuse entre les administrés et les autorités.
L’observateur attentif ne peut ignorer le paradoxe actuel. Goma et Bukavu, deux cités résilientes, fonctionnent aujourd’hui en mode survie. Entre la fermeture prolongée de certaines institutions bancaires et les restrictions touchant l’aéroport international de Goma, les flux financiers et commerciaux sont au point mort.
Dans ce contexte de ville sinistrée , l’imposition de nouvelles taxes sur les engins roulants sonne comme un verdict de culpabilité pour les propriétaires de véhicules. On nous demande de payer pour circuler sur des routes , avec de l’argent que nous ne gagnons plus , s’insurge un chauffeur de taxi croisé près du rond-point Signers.
Pour le citoyen moyen, la priorité n’est pas à l’assurance, mais à la ration alimentaire. À la charge déjà lourde de la scolarité des enfants en primaire et au secondaire, s’ajoutent les factures incompressibles : eau, électricité et taxe d’assainissement.
Le prélèvement quotidien de 5 000 FC imposé aux bus-taxis constituait déjà un effort de guerre significatif. Pousser le curseur plus loin, c’est risquer une paralysie totale des services. Si les transporteurs cessent leurs activités par crainte des saisies, c’est toute la chaîne d’approvisionnement et donc l’économie de la province qui risque de s’effondrer.
Face à ce que beaucoup qualifient de calvaire sans précédent , l’opinion publique appelle à une reconsidération de ces mesures. Un régime fort se mesure aussi à sa capacité d’empathie envers son peuple ,la paix ne viendra qu’avec le peuple congolais . Dans une zone meurtrie par les conflits, l’exonération ou, à minima, un moratoire sur les grandes taxes automobiles ne serait pas une marque de faiblesse, mais un acte de pragmatisme politique.
Les autorités provinciales doivent se poser la question : peut-on gouverner une ville désertée par ses propres moyens de transport ; La stabilité de la région dépend autant de la sécurité des frontières que de la paix sociale à l’intérieur des quartiers. Pour l’heure, le sentiment qui prédomine est celui d’une administration qui semble oublier que sans une population capable de respirer économiquement, l’État finit lui aussi par s’étouffer.
Pour Tribune afrique
