Entre Muselement et Résistance

La ville de Goma s’est réveillée ce matin sous une chape de plomb, là où devait s’élever le cri d’un peuple meurtri. Une marche citoyenne, prévue pour relier le Musée au Gouvernorat jusqu’au siège de la MONUSCO, a été étouffée dans l’œuf par un communiqué laconique du maire adjoint. L’objectif de cette mobilisation était pourtant clair : dénoncer l’agression rwandaise, l’occupation illégale de l’Est de la République Démocratique du Congo par le M23 et exiger le retour de la souveraineté nationale.

Ce refus catégorique de l’autorité urbaine soulève une question fondamentale : au nom de quoi musèle-t-on l’expression patriotique ? Alors que la Constitution congolaise garantit la liberté de manifestation, le pouvoir semble avoir choisi la voie de la restriction systématique. Pour beaucoup d’observateurs, ce blocage n’est plus une mesure de sécurité, mais ressemble de plus en plus à un acte de dictature qui ne dit pas son nom. En interdisant aux citoyens de dénoncer l’occupant, l’État semble paradoxalement fragiliser sa propre position face à l’agresseur.

Ce qui choque l’opinion publique, c’est l’hypocrisie de la gestion des rues. Il y a peu, nous avons assisté à une mise en scène troublante : une marche dite pacifique, orchestrée par une frange manipulée de la société civile, réclamant  contre toute logique nationale le non-retrait des rebelles du M23 des zones occupées.

Comment expliquer que ceux qui soutiennent l’occupation soient autorisés à défiler, tandis que ceux qui réclament l’intégrité du territoire sont renvoyés au silence par la force ?

L’Est de la RDC ne peut rester le théâtre de jeux politiques troubles. Entre la présence avérée des troupes rwandaises sur notre sol et l’inertie de la communauté internationale, le peuple congolais a le droit, sinon le devoir, de crier son indignation. En interdisant cette marche aujourd’hui, les autorités n’ont fait qu’accentuer le sentiment d’injustice et de trahison.

La liberté ne se négocie pas, elle s’exerce. Et tant que la terre de nos ancêtres sera piétinée par des bottes étrangères, aucune interdiction administrative ne pourra éteindre durablement la flamme de la résistance.

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