GOMA : UNE MARCHE DE LA PAIX SOUS HAUTE TENSION ET SOUPÇONS D’INSTRUMENTALISATION

Les rues de la capitale provinciale du Nord-Kivu, actuellement sous administration de fait de l’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23), ont été le théâtre d’une manifestation singulière ce lundi. Officiellement organisée par des structures de la société civile locale, cette marche visait à exiger le maintien des forces de l’AFC dans les zones qu’elles occupent, tout en demandant à la MONUSCO de cesser toute velléité de redéploiement forcé ou de soutien aux offensives gouvernementales.Dès les premières heures de la matinée, des centaines de manifestants, munis de calicots et de branches d’arbres, ont défilé du rond-point Signers jusqu’aux abords du quartier général de la MONUSCO.

Les slogans, étonnamment uniformes, louaient la sécurité retrouvée sous le contrôle de l’AFC et fustigeaient l’inefficacité passée de la mission onusienne.Pourtant, derrière l’image d’un soutien massif, de nombreux observateurs pointent une mise en scène orchestrée par les services de communication du mouvement rebelle. C’est une population sous emprise , confie anonymement un défenseur des droits de l’homme. Quand vous vivez dans une ville occupée, ne pas participer à ce genre de démonstration peut être interprété comme une hostilité envers l’autorité en place.

Les manifestants ont déposé un mémorandum adressé à la Représentante spéciale du Secrétaire général de l’ONU. Le document exige :Le non-départ des troupes de l’AFC/M23 des villes de Goma, Bukavu et Uvira ces dernières ayant récemment été le théâtre d’offensives majeures.La reconnaissance de l’AFC comme le garant légitime de la protection des civils dans ces zones.L’arrêt total des patrouilles mixtes MONUSCO-FARDC dans les zones tampons.À Kinshasa, le gouvernement dénonce une instrumentalisation honteuse de la misère humaine . Selon le porte-parole du gouvernement, ces marches sont des parodies de démocratie visant à légitimer une occupation territoriale acquise par les armes, alors même que le retrait d’Uvira fait l’objet de pressions internationales intenses après les récents accords de Washington.Malgré l’apparente effervescence de la marche, le climat à Goma reste lourd. Si les activités commerciales ont repris timidement, la présence massive de militaires de l’AFC et de leurs alliés rappelle la fragilité de la situation. Le système de santé, saturé par les mois de siège précédant la chute de la ville en janvier dernier, peine toujours à se relever, et les mouvements de population vers les zones sous contrôle gouvernemental se poursuivent discrètement.La MONUSCO, de son côté, a simplement pris acte du mémorandum, rappelant que son mandat, récemment renouvelé par le Conseil de sécurité, reste centré sur la protection des civils et le respect de l’intégrité territoriale de la RDC.

TRESOR TONDE

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