Accord de Washington : entre avancées institutionnelles et retards persistants deux mois après la signature

Le 27 juin 2025, la République Démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda ont signé à Washington, sous l’égide des États-Unis, un accord de paix visant à mettre fin à près de trois décennies de conflit dans l’Est de la RDC. Orchestré par l’administration Trump, ce compromis s’appuie sur une Déclaration de principes acceptée par les deux pays et se décline en deux volets : sécuritaire et économique.

Un bilan mitigé après deux mois

Deux mois après sa signature, le Baromètre des Accords de Paix en Afrique fait état d’une exécution encore très faible. Sur les 30 tâches prévues, seules 14 ont connu un début d’application, soit un taux global de réalisation de 19,1 %. Les progrès les plus notables concernent l’appui de la communauté internationale, la mise en place du Mécanisme conjoint de coordination de la sécurité (JSCM), l’adoption de ses procédures, ainsi que la création du Comité de Surveillance Conjointe.

En revanche, la majorité des engagements clés, notamment en matière de sécurité, demeurent au point mort. Certaines mesures urgentes, comme la neutralisation des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et le retrait des troupes rwandaises du territoire congolais, n’ont pas été exécutées, alors que la date butoir du 3 août 2025 était prévue.

Engagements non respectés

  • Localisation et identification des FDLR (prévue entre le 4 et le 19 juillet).
  • Mise en œuvre du plan de neutralisation des FDLR (prévue pour le 27 juillet).
  • Neutralisation effective des FDLR (prévue entre le 24 juillet et le 3 août).
  • Plan de désengagement des forces rwandaises (prévu pour le 27 juillet).
  • Retrait des troupes rwandaises (prévu entre le 24 juillet et le 3 août).

Les causes des blocages

Plusieurs facteurs expliquent ces retards :

  1. Mise en place tardive du JSCM : bien que sa première réunion ait eu lieu les 7 et 8 août, les points sensibles n’y ont pas été abordés.
  2. Divergences d’interprétation : Kigali conditionne le retrait de ses troupes à la neutralisation préalable des FDLR par Kinshasa, tandis que cette dernière exige une exécution simultanée.
  3. Situation sécuritaire changeante : plusieurs zones initialement ciblées pour des opérations contre les FDLR sont désormais passées sous le contrôle du M23/AFC, mouvement soutenu par le Rwanda.
  4. Confusion entre processus diplomatiques : certains acteurs distinguent à tort l’accord de Washington de celui de Doha, ce qui ralentit la mise en œuvre.

Quelques avancées enregistrées

Malgré ces difficultés, des progrès ont été observés :

  • Réduction relative des discours belliqueux entre Kinshasa et Kigali, malgré des accusations réciproques persistantes.
  • Engagement formel à l’arrêt des hostilités, réaffirmé par des communiqués séparés du gouvernement congolais et du M23/AFC le 17 août 2025.
  • Lancement du JSCM et adoption de ses termes de référence.
  • Création du Comité de Surveillance Conjointe associant la RDC, le Rwanda, l’Union africaine, le Qatar et les États-Unis, réuni pour la première fois le 31 juillet.
  • Signature d’un Énoncé des Principes pour un cadre d’intégration économique régionale, ouvrant la voie à une coopération dans l’hydroélectricité, la gestion des parcs nationaux, l’exploitation des ressources du lac Kivu et la traçabilité des minerais.
  • Sécuritaire : respect de l’intégrité territoriale, cessation des hostilités, interdiction de soutien aux groupes armés (FDLR et M23/AFC) et mise en place d’un mécanisme conjoint de coordination.
  • Économique : coopération bilatérale dans les secteurs stratégiques et intégration régionale via la CIRGL, le COMESA et l’EAC. Les États-Unis sont appelés à renforcer leur rôle d’investisseurs.

L’accord de Washington a permis des avancées institutionnelles indéniables, mais sa mise en œuvre concrète reste entravée par la persistance des combats au Nord-Kivu et au Sud-Kivu et par les divergences entre Kinshasa et Kigali. Le Baromètre des Accords de Paix en Afrique alerte sur la nécessité d’une accélération significative pour éviter que ce processus ne connaisse le même sort que d’autres initiatives de paix avortées dans la région.

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