Est de la RDC : Washington hausse le ton face aux atrocités du groupe AFC/M23

Washington ne cache plus son agacement face au non-respect des engagements pris à Doha.

Les États-Unis ont durci leur position face aux violences persistantes dans l’Est de la République démocratique du Congo. Dans un communiqué du département d’État, Washington a dénoncé de « horribles exactions » commises par le groupe armé AFC/M23 contre des civils, évoquant viols, meurtres et attaques ciblées dans plusieurs localités du Nord-Kivu.

Les Américains, qui avaient contribué à l’accord de paix signé le 27 juin entre Kinshasa et Kigali sous médiation qatarie, réclament désormais une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies.

Cette montée au créneau s’inscrit dans un contexte de pressions internationales croissantes. Le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme, Human Rights Watch et Amnesty International ont tous publié des rapports accablants, documentant des massacres, dont l’exécution de plus de 140 civils en juillet dans le territoire de Rutshuru. Selon HRW, ces tueries, perpétrées dans au moins 14 villages proches du parc national des Virunga, constituent les pires atrocités commises par le M23 depuis sa résurgence en 2021.

Washington ne cache plus son agacement face au non-respect des engagements pris à Doha. Le 15 août, le conseiller principal pour l’Afrique du département d’État, Massad Boulos, avait déjà condamné la recrudescence des violences, appelant à une mise en œuvre stricte du cessez-le-feu. Quelques jours plus tôt, le Trésor américain avait sanctionné cinq entités accusées de contrebande de minerais à Rubaya, une zone sous forte influence de l’AFC/M23. Ces signaux traduisent une volonté américaine d’utiliser simultanément les leviers diplomatiques et économiques pour contenir la crise.

La convocation du Conseil de sécurité représente désormais un tournant stratégique. D’un côté, elle ouvre la voie à un débat élargi entre les principaux bailleurs et partenaires de la RDC, y compris les membres permanents du Conseil qui n’ont pas toujours une position convergente sur le dossier congolais. De l’autre, elle pourrait servir de tribune à Washington pour isoler davantage les soutiens présumés de l’AFC/M23, au premier rang desquels Kigali, souvent accusé par Kinshasa et plusieurs ONG d’appuyer militairement la rébellion.

Cependant, plusieurs analystes tempèrent les attentes. Le Conseil de sécurité, paralysé par des rivalités entre grandes puissances, peine depuis plusieurs années à adopter des résolutions contraignantes sur les conflits africains. Dans le cas de la RDC, il est probable que la réunion aboutisse à une condamnation ferme et peut-être à des appels renforcés au respect du cessez-le-feu, mais sans mesures coercitives directes. Le risque est donc que les déclarations se succèdent sans infléchir réellement le rapport de force sur le terrain.

À court terme, les perspectives d’une désescalade reposent sur deux leviers : une pression diplomatique accrue sur le Rwanda afin qu’il cesse tout appui au M23, et un engagement plus ferme de la communauté internationale à soutenir les forces de la RDC et leurs partenaires régionaux. À moyen terme, la relance du processus politique de Doha reste l’unique issue durable, à condition qu’il soit assorti de mécanismes de vérification et de sanctions contre les fauteurs de guerre. Sans cela, préviennent plusieurs observateurs, la spirale de violences dans l’Est de la RDC continuera de défier la communauté internationale, malgré les discours et les résolutions.

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