Libye : inquiétudes après les nominations controversées du clan Haftar à la tête de l’ANL
En Libye, les récentes nominations opérées par le maréchal Khalifa Haftar au sein de l’Armée nationale libyenne (ANL) ravivent les tensions politiques et nourrissent les inquiétudes sur l’avenir du processus de paix.
L’homme fort de l’Est a choisi son fils Saddam comme adjoint au commandement et son autre fils, Khaled, comme chef d’état-major. Des décisions qui, si elles sont largement saluées dans les zones sous son contrôle, sont contestées par les autorités de Tripoli et par plusieurs acteurs internationaux.
Une légitimité en question
Ces nominations, prises sans concertation, vont à l’encontre des dispositions de l’Accord politique de Skhirat (2015) et de la Feuille de route de Genève (2021), qui confient au Conseil présidentiel le rôle de commandant suprême des forces armées. Ce dernier a aussitôt rejeté les décisions de Benghazi, rappelant que l’ANL n’est pas reconnue comme une force officielle de l’État mais comme une structure militaire de facto.
Un tournant familial et politique
Pour les observateurs, Khalifa Haftar cherche à verrouiller sa succession en plaçant ses fils au cœur du commandement militaire. Loin d’un simple réaménagement interne, cette stratégie est perçue comme une volonté de transformer l’ANL en une structure dynastique, au risque d’accentuer la fracture entre l’Est et l’Ouest. Certains analystes y voient un pas supplémentaire vers une forme d’autoritarisme familial.
Conséquences sur le processus de paix
Ces décisions fragilisent encore davantage les discussions sur l’unification des institutions libyennes, déjà au point mort. Elles compliquent aussi la mission des Nations unies et remettent en cause la tenue d’élections générales pourtant attendues comme une étape clé pour sortir le pays de l’impasse. La suspension récente des municipales dans les zones contrôlées par l’ANL est perçue comme un signal de défi adressé à la communauté internationale.
Réorganisation de l’appareil militaire
En parallèle, Khalifa Haftar a engagé une restructuration de l’ANL. Le limogeage d’Abderrazak el Nadhouri, son fidèle bras droit, marque le début d’un renouvellement des cadres, destiné à faire place à de jeunes officiers réputés plus loyaux à Saddam Haftar. Une manière pour le maréchal de s’assurer que son héritage militaire se poursuive sans contestation interne.
Des soutiens internationaux déterminants
Malgré les critiques, le maréchal Haftar conserve des appuis solides auprès de puissances étrangères comme les États-Unis, la Russie, la France, l’Égypte ou encore les Émirats arabes unis. Chacun de ces acteurs privilégie avant tout la défense de ses propres intérêts économiques, sécuritaires et stratégiques en Libye, ce qui contribue à renforcer la position de l’homme fort de l’Est.
Un avenir incertain
La crise libyenne s’enlise dans une logique de division et de personnalisation du pouvoir. Entre la quête d’héritage politique du clan Haftar et le rejet catégorique de Tripoli, l’espoir d’un consensus national s’éloigne un peu plus. L’avenir du pays reste suspendu à la capacité – ou à l’incapacité – des acteurs internes et externes à trouver une voie commune vers la stabilité.
